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Comité National de l'ICOM Haïti

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mai 18, 2020

Quinzaine des musées / 18-29 mai 2020 Conference

Allocution de la présidente d’ICOM Haïti

Rachelle Charlier Doucet (anthropologue et muséologue)

 

Au nom du Comité national haïtien de l’ICOM, ICOM Haïti, j’ai le plaisir de vous souhaiter la bienvenue à cette 4e édition de la Quinzaine des Musées.  Depuis 1977, le Conseil international des musées (l’ICOM), a institué la journée internationale des musées, célébrée le 18 mai. Chaque année, à l’appel de l’ICOM, tous les musées du monde réfléchissent sur une même thématique et se mobilisent pour faire mieux connaitre le rôle que peuvent jouer les musées dans la transformation de nos sociétés.  En Haiti, nous avons estimé qu’une seule journée de sensibilisation serait nettement insuffisante, d’autant plus qu’elle coïncide avec la fête du drapeau.  Et c’est ainsi qu’a été instaurée la Quinzaine des Musées [haïtiens], qui tient la route [bon an, mal an], depuis 4 ans. Ainsi, nous nous efforçons d’apporter notre contribution à la grande famille de l’ICOM, qui compte près de 50 000 professionnels de musées, répartis dans 141 pays, et à l’ensemble de la communauté muséale mondiale, encore plus large. Aujourd’hui, partout dans le monde, sous toutes les latitudes et tous les fuseaux horaires, les musées convient leurs publics à des échanges et des activités autour de la JIM 2020.

  1. La thématique de la JIM 2020 – Interprétation

 Cette année, l’ICOM propose une réflexion sur le thème : « Musées pour l’égalité : diversité et inclusion ».  Il invite ainsi les professionnels des musées à aborder des problématiques sensibles comme l’exclusion de toutes sortes de minorités ou de franges minorées de la population, dans différentes sociétés, sur la base de conditions sociaux économiques, de sexe, de couleur, de religion, et j’en passe…

Nous voilà bien loin de l’image des musées poussiéreux et élitistes, que certains évoquent encore, quand l’on parle de musées. Il fut un temps, pas si lointain, où les musées étaient tantôt admirés par les uns, tantôt décriés par les autres, qui leur reprochaient d’être trop éloignés du quotidien des gens ordinaires. En ce sens, l’on se souvient par exemple du mouvement de mai 68 en France « La Joconde au métro ! ».

Ceux qui appelaient à la « mort des musées » seraient surpris de constater la révolution qui s’est opérée au siècle dernier dans le domaine de la muséologie, particulièrement au cours de la période des années 1960 à 1990 qui permit l’émergence d’une « Nouvelle Muséologie ». La muséologie franchit une nouvelle étape et entre dans l’ère de la postmodernité caractérisée par davantage de participation du public et beaucoup plus de liberté au visiteur.

 

Le thème de la JIM 2020 est aussi une invitation à l’action.

Les musées d’aujourd’hui veulent résolument s’ancrer dans leur réalité sociale et travailler à l’améliorer.  Aujourd’hui, tous les professionnels de musées se demandent que peuvent encore faire les musées pour contribuer à rompre le carcan de l’exclusion, pour accroitre la participation des communautés avoisinantes dans leurs activités, et surtout, comment planifier des activités avec et pour les communautés ? Car les musées servent avant tout à connecter, connecter des gens entre eux, des gens avec leurs tradition et leur patrimoine, leur communauté, leur région, leur pays.  Les musées contemporains sont des créateurs de liens et des cocréateurs de sens avec leur communauté d’implantation.

 

  1. Comment le programme de la Quinzaine traite le thème de la JIM 2020
  2. a) La première semaine sera consacrée au sous-thème : le patrimoine et la diffusion d’information comme outils d’inclusion

Quand il n’y a pas d’inclusion, donc quand il y a exclusion, c’est parce que la diversité et le principe d’égalité ne sont pas respectés. C’est le devoir des musées d’attirer l’attention et de traiter ces thèmes.  Cette année, les musées haïtiens réfléchiront, avec les autres musées du monde, sur les manières d’améliorer leurs pratiques en tenant compte de ces préoccupations.

ICOM Haiti a choisi de mettre l’accent sur la notion de patrimoine et le lien étroit entre patrimoine et musée. Les événements récents à la Chapelle de Milot et à La Citadelle nous incitent à y réfléchir.

« Il n’y a de patrimoine que revendiqué », i. e.  approprié par une population et protégé par l’État et la population.  Sinon, nous aurons beau avoir les monuments et vestiges les plus impressionnants du monde, ils seront détruits pierre par pierre et il ne restera pour les générations à venir, que quelques amas de roches, sans âme et vide de sens. De « vye mazi », de vielles masures (comme l’avait rapporté la journaliste Nancy Roc lors d’une interview avec un paysan de Drouet).

Il est admis, depuis la convention de 2003 de l’UNESCO sur la protection du patrimoine immatériel, que le patrimoine n’est pas seulement tangible, physique, il est aussi intangible, immatériel. Les symboles d’une nation, son drapeau, ses armoiries, l’hymne national, les couleurs nationales, font aussi partie du patrimoine d’une nation. A ce titre, il est tout à fait justifié de faire la part belle au drapeau haïtien à l’ouverture de la Quinzaine, qui est aussi le jour du drapeau haïtien.

Ainsi, aujourd’hui, le Musée Ogier Fombrun (MOF) partagera son expérience avec la communauté de Montrouis autour de la fête du drapeau. Cette première présentation de la série mettra en lumière le rôle actif du MOF dans la communauté de Montrouis et comment la fête du drapeau devient l’occasion d’inclure les écoles, les parents, les artistes, non seulement dans la préparation des expositions et autres activités du musée, mais surtout, de créer un espace de convivialité et de socialisation à l’histoire nationale.

Dans la 2e conférence de la semaine, Kenrick Demesvar retracera les efforts d’implantation d’un musée à la Citadelle. La Citadelle ! élément clef de notre patrimoine bâti, -auquel l’on pourrait croire que la plupart des Haïtiennes et des Haïtiens s’identifient-, semble n’être plus l’icône nationale qu’elle était il y a encore quelques années.  Les récents actes de vandalisme qui ont été perpétrés contre le musée aménagé à la Citadelle mettent en lumière tout le travail qu’il faut effecteur pour informer et sensibiliser la population à son symbolisme et à sa préservation.

Car il n’y a de survie du patrimoine que s’il est protégé par les citoyens, par des structures et par la loi. D’où la nécessité « d’un système de protection du patrimoine culturel » et de la promulgation « d’un code du patrimoine ».  Ces deux sujets seront traités respectivement par l’architecte de monuments, Joseph Harold Gaspard, ancien président d’ICOM Haïti, et le juriste, numismate et collectionneur Me Guerdy Lissade, lui aussi, un ancien président a. i. d’ICOM Haïti.

 

  1. b) La deuxième semaine traitera du sous-thème: « musées pour l’égalité : respect de la diversité et inclusion »Les présentations seront centrées sur les musées de société et les musées communautaires. J’en dirai très peu afin d’inciter le public à les découvrir lui-même.
  2. Musée du BNE, un musée de société en zone urbaine, sera présenté par son DG, Érol Josué.
  3. Deux musées locaux à Ravine Sèche(Bois Neuf) seront présentés par Michaelle Saint-Natus : La maison natale de Franketienne, transformée en mini-musée et un centre d’interprétation sur l’art taino, en voie d’implantation. En effet, dans la localité de Bois Neuf, jouxtant le village de Ravine Sèche, a été découvert un site archéologique d’une grande importance.
  4. Un musée en zone ruraleLa route du café et le musée du Café seront présentés par les membres de la communauté et de l’Association des planteurs de café de Fond Jean-Noël (APKF)
  5. Un musée périurbain, à la Croix des Bouquets : le Village des artisans de Noailles et le musée communautaire Georges Liautaud seront présentés par des artistes de la communauté et la coordonnatrice Barbara Prézeau Stephenson.

ICOM HAITI a tenu à offrir cette tribune aux musées locaux et communautaires, très peu connus chez nous, et dont le potentiel économique et social n’est pas correctement évalué.

CONCLUSION

Avec les musées communautaires et locaux, le paysage muséal haïtien s’agrandit et s’enrichit.  Le musée participe désormais au développement local il devient à la fois un instrument de cohésion sociale et de développement économique.

Quand le pays retrouvera une vie normale, il est fort à parier que le développement touristique aidant, les musées en Haïti prendront enfin leur envol.  C’est du moins, notre vœu le plus cher, à ICOM HAITI.

 MERCI DE VOTRE ATTENTION

Télécharger le programme de la Quinzaine des musées 2020

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